Recrutement de jeunes Arabes dans l’armée russe.
Le recrutement et la mobilisation d’étrangers pour combattre dans des conflits armés hors de leur pays constituent une grave violation du droit international, en particulier lorsqu’ils sont effectués par la tromperie ou des incitations financières. Le Protocole additionnel I aux Conventions de Genève de 1977, et notamment son article 47, stipule clairement que les mercenaires n’ont pas le statut de combattant et ne bénéficient pas des droits des prisonniers de guerre, ce qui signifie qu’ils sont privés de toute protection juridique. De plus, la Convention des Nations Unies de 1989 contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires érige ces actes en infraction pénale et impose une responsabilité juridique aux États qui les commettent.
Le 26 janvier 2026, le vice-ministre irakien des Affaires étrangères, l’ambassadeur Mohammed Hussein Bahr al-Ulum, a réaffirmé le refus catégorique de l’Irak de recruter des jeunes Irakiens dans l’armée russe ou toute autre force armée étrangère. Cette déclaration a été faite lors d’une rencontre avec l’ambassadeur de Russie à Bagdad, Elbrouz Koutrashev, au cours de laquelle il a souligné que la prévention de l’enrôlement des jeunes dans des conflits étrangers à l’Irak constituait une priorité nationale.
Cette déclaration ne doit pas être perçue comme une simple formalité protocolaire ni comme un message destiné à l’opinion publique nationale. Il s’agit d’une position politique et juridique, exprimée publiquement en présence de l’ambassadeur de Russie à Bagdad. Dans ce contexte, elle dépasse la simple condamnation morale et revêt la signification d’une attribution indirecte de responsabilité politique ou, à tout le moins, constitue la preuve de l’existence de données précises ayant incité Bagdad à adopter une position claire et sans ambiguïté.
Les États ne font pas de déclarations aussi franches en présence de représentants de grandes puissances à moins d’estimer que la question touche directement à la souveraineté nationale et à la sécurité de leurs citoyens. Par conséquent, la déclaration irakienne est un signal clair du rejet de toute tentative de recrutement ou d’incitation, que ce soit par les voies officielles ou les réseaux informels.
La chaîne d’information Al Arabiya a joué un rôle professionnel et courageux en couvrant le recrutement de jeunes Arabes, notamment Irakiens, pour combattre aux côtés de l’armée russe. La chaîne a produit une série d’enquêtes de terrain et de témoignages révélant les aspects cachés de ce grave problème humanitaire. Parmi ces reportages figuraient : « Comment une femme a incité de jeunes Arabes à combattre dans la guerre », « Un artiste irakien tombe dans le piège du recrutement russe », « L’histoire du premier prisonnier égyptien en Ukraine après son enrôlement dans l’armée russe », ainsi qu’un reportage sur une visite dans une prison ukrainienne où sont détenus des prisonniers arabes ayant combattu aux côtés des forces russes.
Ces enquêtes ont mis au jour des tromperies en ligne, des promesses d’argent et de citoyenneté, et la transition brutale entre l’illusion d’« opportunités d’emploi » et la réalité de la captivité ou de la mort au front, qui n’ont rien à voir avec le sort de ces jeunes hommes. Al Arabiya mérite d’être saluée pour la production de ce documentaire et de cette enquête, qui alertent le public arabe sur les risques juridiques et humanitaires de telles pratiques.
Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, des offres ciblant les jeunes du Moyen-Orient circulent sur les réseaux sociaux, déguisées en emplois ou en « volontariat officiel ». Nombreux sont ceux qui, attirés par des salaires élevés, des primes et des promesses de citoyenneté ou de résidence, se sont retrouvés enrôlés de force dans un conflit, sans formation adéquate ni protection juridique.
Des journalistes d’investigation ont documenté des cas de jeunes gens quittant leur pays en quête d’une vie meilleure, pour se retrouver confrontés à la mort, à la capture ou à l’invalidité dans un conflit qui ne les concerne absolument pas, leur vulnérabilité économique et sociale ayant été exploitée.
Parallèlement, le gouvernement irakien a réaffirmé son rejet catégorique de ces activités, rejetant toute tentative de justification ou de mise en cause de la responsabilité de Bagdad.
Il existe une contradiction frappante entre la propagande politique et la rhétorique de la force, d’une part, et les pratiques de recrutement et de mercenarisme, facilitées ou tolérées par les autorités russes, d’autre part. Des jeunes en quête d’une vie décente deviennent en fin de compte du « carburant » pour la guerre. C’est la responsabilité morale et politique directe de l’État russe qui facilite ces activités et a fait de ce phénomène une plaie ouverte dans le monde arabe. Auteur : Hussein Al-Rawi
L’article a été publié le 31 janvier 2026 dans le quotidien koweïtien Al-Seyassah (Politique) – https://alseyassah.com
[1] M. Hussein Al-Rawi est un écrivain, poète et journaliste koweïtien. Il a fait ses études supérieures au Koweït et en Jordanie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et de centaines d’articles sur la littérature, la théorie de la traduction, l’histoire et la politique. Il est membre de l’Association des écrivains koweïtiens, de l’Association des journalistes koweïtiens, de l’Union des écrivains arabes et de l’Organisation internationale du journalisme.
Photo : Abaca/East News